Appel à communicationXVIIIe Congrès de la Société Internationale de Littérature courtoise
Si la notion d’amour courtois, inventée par Gaston Paris en 1883 mais absente des textes médiévaux qui évoquent en revanche la fin’amor, est controversée1, l’adjectif courtois et ses dérivés, courtoisie, courtoisement abondent dans la littérature d’oc et d’oïl, véhiculant l’idée d’une maîtrise, d’une compétence ou d’un savoir. Mais quels sont ces savoirs qu’implique la notion de courtoisie ? Que faudrait-il connaître ou maîtriser pour être courtois ? Plus généralement, quels sont les liens entre courtoisie et connaissance ? La courtoisie définit en effet, de manière discriminante, une appartenance sociale à l’accession de laquelle le savoir peut jouer un rôle qualifiant ou disqualifiant. Elle est définie par un ensemble de critères, désignés aussi bien dans le Sirventès des vieux et des jeunes de Bertrand de Born qu’à l’extérieur et à l’intérieur du verger de Déduit chez Guillaume de Lorris. Les allégories courtoises ou discourtoises illustrent ainsi la manière dont les personnages peuvent basculer d’une catégorie dans l’autre, par acquisition ou par défaut d’une vertu courtoise. La courtoisie relève certes de la naissance mais aussi de l’éducation. Dès lors, comment devient-on courtois ? La connaissance peut elle-même constituer un parcours qualifiant : si l’ignorance de l’amour empêche par exemple Guigemar d’être pleinement courtois, sa découverte le fait accéder à un nouveau statut. La pratique vertueuse de Liénor dans le Guillaume de Dole, ou de Frêne dans le lai qui porte son nom, élève ces personnages au plus haut degré de la courtoisie dont les privait leur état. À l’inverse, la jalousie d’Archambault dans Flamenca ou de l’époux dans le lai du Laüstic les prive de la courtoisie que leur conférait leur naissance. Le savoir courtois, qui engage un « melhurar2 », est donc étroitement lié à la question de l’identité. Bien des romans peuvent être analysés comme des récits d’initiation courtoise, sans être seulement des récits d’initiation amoureuse : les parcours d’Erec, d’Yvain, de Perceval, surtout, mais aussi d’Eliduc, de Conrad dans le Guillaume de Dole, font de l’amour un instrument plus qu’un but de l’accomplissement courtois. On pourra ainsi envisager une approche assez large de la notion de “savoir courtois” intégrant toutes les formes d’apprentissage, de compétence culturelle, y compris sociales, linguistiques ou chevaleresques, et s’interroger sur plusieurs genres littéraires. En effet, à côté du roman, les traités, les bestiaires ou les dits écrits à la première personne mobilisent des formes de savoirs multiples : moraux, musicaux, littéraires, intertextuels. Tout comme les bestiaires, les dits puisent ainsi volontiers dans le réservoir savant, mythologique ou allégorique pour construire un « savoir courtois » qui engage autant l’auteur, le narrateur que le lecteur. Les phénomènes d’innutrition par l’intertextualité ou par les références savantes deviennent alors décisives dans la construction de ce savoir. À un autre niveau, la poésie lyrique peut aussi être interrogée en étant elle-même un lieu où se cristallise et s’invente la connaissance courtoise, mais aussi en tant que pratique étroitement liée à la connaissance et au dialogue intertextuel avec d’autres œuvres, poétiques, musicales ou savantes. Le « savoir courtois » touche en effet, aussi, à la question de la compétence d’écriture et de lecture : écrire, lire, composer voire chanter courtoisement. Comment l’art d’écrire ou de composer s’intègre-t-il dans l’idéal courtois ? Comment la courtoisie, en retour, favorise-t-elle les savoirs littéraires et artistiques ? Quelques pistes possibles : Nous vous invitons à envoyer vos propositions de 200 mots maximum, pour des Nous acceptons aussi les propositions de sessions thématiques à trois ou quatre participants. Organisateurs : |
Chargement...